Jazz et Littérature

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Be-bop

Message  sisyphe le Mar 19 Mai - 12:19

« Be-bop ». C’est un roman de Christian Gailly de 150 et quelques pages que l’on trouve aux Editions de Minuit depuis 1995 date de sa parution.

Lorettu, prénom Basile. " On dirait un nom né d'une interrogation conditionnelle". L'aurais-tu? Ressemble à Gerry Mulligan « du temps où Mulligan était tout jeune, imberbe en tee-shirt et en jean », il se demande même, Lorettu, s’il n’aurait pas dû jouer du baryton. Aime la musique de jazz, admire Charlie Parker. « Il aime aussi énormément Coltrane ».

Dés la première page il improvise avec son saxophone alto, dans sa chambre en plaçant « le pavillon tout contre le rideau » (vécu) pour ne pas géner le voisin sur « Lover man, une rengaine propre ou de nature à émouvoir les plus durs oreilles ». Avant de se rendre sur « ses baskets à coussin d’air, version rap des semelles de vent » chez Fernand qui tient « le bar, là-bas, sur la place, un bar effrontément baptisé Bird où « Coltrane tourne sur un vieux disque noir à étiquette rouge orangé… un swing comme çà, çà ne s’imite pas ». Dans les dernières il s’envole en prenant le premier solo dans « So what ». Le livre se terminant avec « Now’s the time » où un certain Paul, coltranien plutôt… reprend goût à la vie. Notre Basile se demande s’il n’aurait pas dû jouer du ténor.

Mais la musique ne nourrissant pas son homme il trouve une place c’est-à-dire qu’il est embauché à la Société générale d’assainissement…il pompe la merde des autres.
A suivre...

sisyphe

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Gailly Cannes

Message  Margotonne le Mer 20 Mai - 10:56

Le scénario du film d'Alain Resnais dont on parle à Cannes ces-jours-ci, "Les herbes folles" est inspiré d'un roman de Christian Gailly " L'incident", Sisyphe étais-tu au courant?

Margotonne

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Be-bop

Message  sisyphe le Ven 22 Mai - 18:46

suite 1« Be-bop » de C. Gailly.

L’action se passe début août, pour l’assainissement des fosses septiques ce n’est pas le mois idéal, sur les bords du lac Léman, côté Suisse, Lausanne, Yvoires…Deux couples :

Cécile et Basile ( plus la fille de Cécile qui roule avec une vieille T.R.3 Bleue). Ils se sont rencontrés chez Fernand alors que Basile s’éclate sur un thème de Parker. « Improviser à la suite d’un thème de Parker, c’est risqué, faut pas avoir peur, Parker lui-même n’est pas toujours à la hauteur de ce qu’il a composé, enfin il ose, Lorettu se lance, sur la pointe des pieds, avec des blancs, des notes, des blancs, des notes, un peu comme ce livre a commencé, puis il resserre tout ça, attaque, doublant le tempo, ça swingue, c’est bien, ça déménage, il le sent, le sait, construit son solo admirablement, on pourrait l’inscrire dans l’espace, il voit déjà la suite….Le pianiste a du mal à suivre, un peu comme Tommy Flanagan courant derrière Coltrane dans Giants Steps… »

Jeanne et Paul Saint-Sabin, la petite cinquantaine, ont loué un chalet pour les vacances. « Ils se sont connus dans une cave. Paul jouait du ténor en quartette, admirablement bien. Jeanne était là avec sa sœur. Elles étaient folles de jazz. Sa sœur a épousé le batteur. » Ils roulent en Peugeot.

Questions :
1 - Sachant que l’un travaille dans l’assainissement et que l’autre vient de louer un chalet, comment vont-ils se rencontrer ?

2 - Sachant que tout ce petit monde aime le jazz ( enfin Cécile malgré son prénom de patronne, c’est à voir… c’est même tout vue à la page 142 « Cécile n’aime pas le Jazz. Elle aime bien Lorettu, c’est tout ») et que Basile et Paul jouent du sax, alto pour l’un, ténor pour l’autre, comment tout ça va-t-il se terminer ?

à suivre…

sisyphe

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Be-bop

Message  sisyphe le Sam 23 Mai - 11:55

suite 2 « Be-bop » de C. Gailly

Dans la voiture de la fille de Cécile, Lorettu écoute la radio « Ah merde c’est Monk, dit Lorettu, Vous entendez ? c’est Monk. Silence, il écoute. Je l’aimais pas au début, dit-il. Silence, il écoute, puis. Je l’ai vu un jour à Paris. Il se tait, il écoute en regardant défiler la rue la nuit, en revoyant Paris la nuit, autour de minuit, il revoit Monk, puis. Il monte le son, vous permettez ?, puis se tait, puis. On a poireauté une heure dans la salle. Il est arrivé ivre mort. Il avait une casquette à carreaux, des Rayban. Il tenait pas sur son tabouret. Il lâchait le clavier pour se tenir au piano. Incapable de jouer. Vu de dos, le piano tanguait. Je fixais son dos, je voulais le fixer, l’empêcher de tomber, et, à force de fixer son dos, je voyais le piano tanguer. Pour en arriver là, pour en arriver dans cet état là, il fallait quand même qu’il en ait bavé. Je disais incapable de jouer, il jouait quand même les thèmes, mais parce que c’était les siens, il n’avait pas besoin de se les rappeler, ça sortait tout seul, malgré lui, hors de lui, des versions inouïes, des versions ivres. Charlie Rouse a fait tout le boulot. Un bon ténor, Charlie Rouse… »

Questions : Ce concert a-t-il vraiment eu lieu ? Si oui, où à Paris ? Quand ?

Si Lorettu , (qui ressemble « Au Mulligan de la grande époque, dit Paul, l’époque de Walkin’ shoes, de Bernie’s tune, du fameux quartette avec Broomeyer. Chet Baker, dit Lorette. C’est juste dit Paul. Non, c’était Brookmeyer maintenant les cheveux longs et la barbe. Je sais dit Lorettu.. Peu importe, dit Lorettu. Il beaucoup changé, dit-Paul ») a écouté Monk à Paris, Paul, lui, a écouté Gerry Mulligan à New-York.
A suivre...

*

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Be-bop

Message  sisyphe le Dim 24 Mai - 11:03

Suite “Be-bop “ 3.

Il est question aussi de Johnny Griffin…” parce que Griffin, question invention, dans le genre improvisateur sans limites, on n’a jamais fait mieux, et on ne fera jamais mieux, on retrouve d’ailleurs dans la sonorité de Griffin le même moelleux, le même tremblé plaintif que chez Parker, se dit Paul… », de « Erroll Garner c’est bien mais bon roulons ».

Et aussi de Beethoven d’abord chez Fernand, « Il le dit deux fois, pas deux fois voilà, deux fois voilà voilà. Voilà-voilà, voilà-voilà. Cà forme un rythme rappelant à Lorettu le début d’un mouvement d’un des quatuors médians de Beethoven, mais lequel ? Puis il offre un coffret Beethoven… des quatuors à Cécile… « … vous savez que j’ai failli abandonner le jazz à force d’écouter cette musique ? dit-il ».

La musique classique tient grande place dans l’œuvre de Christian Gailly :
« Dernier amour » avec Haydn… , les variations Goldberg dans « Dring », le clavecin bien tempéré dans « L’air » et bien sûr dans son second roman « K.622 », Mozart et son concerto pour clarinette en la majeur. Comment ne pas penser au film de Sydney Pollack « Out of Africa ». L’Afrique, continent des origines
Sur ce concert se rendre, aussi, dans la rubrique "Benny Goodman" de ce forum.

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Be-bop

Message  sisyphe le Mer 3 Juin - 17:04

A Propos de Johnny Griffin.

On retrouve en partie la même réflexion à propos de Johnny Griffin dans « Les grandes blondes » de Jean Echenoz à la page 28 « Il arrive que parler, chez Donatienne, consiste à dérouler une seule interminable phrase sans reprendre souffle, sans point ni virgule ni blanc - performance à laquelle, dans le souvenir de Salvador, seul Roland Kirk est parvenu au saxophone, et peut-être aussi Johnny Griffin dans une moindre mesure- tout en battant, sur un rythme ternaire, l’accoudoir du fauteuil de sa paume droite. »
C’est ce qu’écrit le Dictionnaire du Jazz dans la collection Bouquins en parlant de J. Griffin « … il triture ses phrases (et son instrument) dans ses improvisations fournies où ne manquent ni les citations ni les ré-interprétations ou les inventions. Adepte des triolets de croches et des tempos ultra-rapides, il les injecte même dans des rythmes lents de blues ou de ballades. » !!!

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Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute.

Message  sisyphe le Mar 23 Juin - 15:34

Pour ceux qui aiment la science-fiction et/ou Maurice G. Dantec : pale : avec Albert Ayler dans le rôle d'ange gardien de la station Mir.

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Un polar "Le Diable et son Jazz."

Message  sisyphe le Mar 7 Juil - 15:55

de Nat Hentoff

Nat Hentoff, né en 1925, a été présentateur et producteur de la radio WMEX de Boston, puis devint directeur associé de la revue Jazz Downbeat (1953-1957).Aujourd’hui, il est critique de jazz, historien, biographe et écrit pour Village Voices, The Wall Street Journal, Jazz Times.
Il interprète son propre rôle dans le film "Accords et Désaccords" de Woody Allen.

Il est surtout l’auteur de plus de vingt ouvrages sur le jazz et de plusieurs romans abordant des thèmes le concernant. Ses romans sont autant de prétextes à découvrir le monde du jazz par le petit bout de la lorgnette. "Le Diable et son Jazz" (1983 chez Gallimard dans la fameuse "Série noire" c'est le n° 1927) décrit le petit monde de Greenwich Village et ses trafics en tous genres. On y retrouve tous les ingrédients du Polar-jazz pour un cocktail explosif : drogue, crime, racket, racisme… et jazz, en guise de musique funèbre. Greenwich Village, ou la salle d’attente de l’enfer

On y croise Mingus, Art Blakey et Johnny Hodges au top de leur art, mais aussi une flopée de jeunes musiciens talentueux

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Kafka sur le rivage.

Message  sisyphe le Mer 8 Juil - 16:08

de Huraki Murakami.

Un roman initiatique que l'on trouve en 10/18. Le Japon n'est pas fait que de mangas. Le jeune héros ne se sépare jamais de son baladeur, ce qui n'est pas très originale, et affiche souvent "My favorite things " de John Coltrane, ce qui l'est davantage.
http://www.deezer.com/track/679534

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Mes arches de Noé.

Message  sisyphe le Dim 12 Juil - 8:51

De l’avis de Kléber Haedens à propos de Thelonius Monk. Extrait de « Mes arches de Noé » de Michel Déon paru en 1978 et qui porte le n° 1211 dans la collection Folio ( l’extrait ci-dessous s’y trouve à la page 164.)

« …Je m’étais rendu en 1950 (Michel Déon est né en 1919, il a donc 31 ans) à la Nouvelle-Orléans pour remonter aux sources du vrai jazz, sans être déçu, retrouvant dans les boîtes à musique du Vieux Carré (centre historique de la Nouvelle-Orléans) où Papa Célestin jouait encore de la trompette, le plaisir qu’avant la guerre nous avait révélé le quintette du Hot-Club de France. Kléber (il s’agit de Kléber Haedens) aimait que Panassié (Hugues) fût plus connu aux Etats-Unis que dans son propre pays, et que son livre « Le Jazz hot » publié en 34, traduit en anglais dès 1936, fut un plus grand succès outre-Atlantique qu’en Europe. Il partageait à ce point les goûts de son ami que les variations du jazz moderne lui paraissaient de pures pitreries. Un soir, nous l’avions, à Paris, entraîné au Blue note et il n’avait cessé de grommeler, plus attristé que furieux, causant soudain presque un scandale quand Thelonius Monk, qui se trouvait dans la salle, s’était installé, sans trop se faire prier, au piano, improvisant comme lui seul sait improviser avec une légèreté, une grâce et un désordre sidérant. Dans cette boîte un peu dévote, Kléber n’avait cessé de demander qu’on apporte des casseroles à Thelonius Monk, que ce serait beaucoup plus amusant et qu’on n’avait pas tout entendu si on ne connaissait pas aussi le saxophone en matière plastique d’Ornette Coleman. Guidé par Panassié et Charles Delaunay, il avait aimé Louis Armstrong, Coleman Hawkins, Duke Ellington, Art Tatum ou Fats Waller et ne pouvait admettre que le jazz essayât de conquérir d’autres lettres de noblesse."

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Re: Jazz et Littérature

Message  sisyphe le Mar 4 Aoû - 10:14


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Re: Jazz et Littérature

Message  sisyphe le Mar 4 Aoû - 11:07

André Hodeir et James Joyce.
(voir Wiki)
la formation initiale d'André Hodeir est celle d'un violoniste et compositeur classique : élève du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, où il a suivi en particulier la classe d'analyse d'Olivier Messiaen, il en sort avec trois premiers prix : fugue, harmonie, histoire de la musique. Parallèlement à ses études, il découvre le jazz, et entreprend une réflexion sur les formes de la musique tant jazz que classique.
Fondateur et directeur du Jazz Groupe de Paris, en 1954, formation de neuf musiciens (dont Bobby Jaspar, Pierre Michelot et Nat Peck). Compositeur des deux Livres d' Essais (1954 et 1956), de nombreuses musiques de films (Le Palais Idéal pour Ado Kyrou, la Jazz Cantata pour le film Chutes de pierres, danger de mort de Michel Fano, etc.). Fondateur de son propre orchestre dans les années soixante (Catalyse, Arte della commedia dell', Transplantation, Crepuscule with Nelly, etc., rendus publics par le disque de Martial Solal, en 1984). Compositeur, en 1966, de la monumentale cantate de jazz Anna Livia Plurabelle, sur le texte de James Joyce, puis en 1972 de Bitter Ending, pour les Swingle Singers et un quintette de jazz, sur le monologue final de Finnegans Wake

Dans la vie et l'oeuvre de James Joyce deux femmes ont de l' importance:
Nora, sa femme, qui inspire quelques traits à Molly Bloom dans "Ulysse" ( lire, si possible, son fameux monologue "intérieur"...)
et sa fille Lucia qui inspire Anna Livia Plurabelle de Finnegans Wake. Joyce établit une relation, une correspondance entre ce nom, Anna Livia Plurabelle et la rivière Liffey qui traverse Dublin avant de se jeter dans l'océan: Anna Livia symbole de la vie et de l'histoire.[i]

En 1966 Hodeir dirige "Anna Livia Plurabelle" cantate pour deux voix de femmes et orchestre de jazz ( on retrouve, en autre, Hubert Rostaing et Michel Portal). 25 ans plus l'Ensemble Cassiopée de Patrice Caratini reprendra "Anna Livia Plurabelle"

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Re: Jazz et Littérature

Message  sisyphe le Jeu 6 Aoû - 16:31

Really The Blues de Milton "Mezz" Mezzrow et Bernard Wolf.

http://www.deezer.com/listen-3022115

Traduit en "La Rage de Vivre" par Marcel Duhamel et Madeleine Gautier. Ce livre est encore facilement trouvable.

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Re "La rage de vivre"

Message  Pascalou le Ven 7 Aoû - 1:13

Je l'ai lu quand j'avais 18 ans (couverture jaune)
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Re: Jazz et Littérature

Message  sisyphe le Ven 7 Aoû - 8:30

S'étant initié au jazz en prison, le clarinettiste Milton « Mezz » Mezzrow (de son véritable nom Mesirow) joue dans diverses formations de Chicago, avant de diriger lui-même plusieurs groupes à New York, puis en Europe.

Présenté par le critique français Hugues Panassié comme le plus grand jazzman de race blanche, il est plus généralement considéré comme un soliste aux idées courtes et à la technique insuffisante. Il faut toutefois admirer en lui l'animateur de séances (avec Sidney Bechet, par exemple) qui comptent parmi les plus remarquables du style traditionnel et qui ont contribué à la naissance du mouvement Revival. Il est surtout l'auteur de Really The Blues (La Rage de vivre) écrit en collaboration avec le journaliste B. Wolfe. Ce livre apporte l'un des témoignages les plus percutants sur l'existence quotidienne des musiciens de jazz, sur les contraintes économiques et sociales qu'ils subissent, sur la répercussion de la question raciale dans leur vie et leur métier même, sur leur confrontation avec le problème de la drogue, enfin sur le rejet dont ils font l'objet de la part de la culture officielle. La verve et l'amertume dont il est gorgé sont les stigmates mêmes du blues, transposés dans le domaine littéraire

Revolutionary Blues
http://www.deezer.com/listen-2955558

"Le Blanc est un enfant gâté, et quand le cafard le prend, il devient neurasthénique. Mais le Noir n’a jamais rien possédé et n’attend rien ; aussi quand il a le blues, il s’en sort avec le sourire et sans rancœur. « Oh ! Après tout, il fait, je n’ai pas à me plaindre, Seigneur. Tout ce que je demande, c’est de pouvoir faire pousser un peu de salade dans ma cour pour avoir quèq’chose à bouffer. » Le Blanc, en général, ne se comporte pas de cette façon-là. Quand il lui arrive un coup dur, ça le rend mauvais, il se monte tout seul et devient méchant. Il se figure que du moment qu’il est en rogne c’est qu’on lui a fait tort, alors il veut absolument faire payer ça à quelqu’un. Le Noir, lui, peut aussi bien tout chasser avec une blague ou une chanson mélancolique — pas trop mélancolique tout de même. Il est facile de dire qu’il est inconscient, insouciant et j’m’enfoutiste. C’est ainsi que beaucoup de Blancs expliquent cet aspect du caractère noir, mais ils n’y sont pas du tout. Si le Noir est rarement morose, ou renfermé, ou de mauvais poil c’est que sa philosophie va plus loin et qu’il voit clair. Il n’a peut-être pas de mots ronflants ni de théories pour exprimer ce qu’il pense. N’importe. Il sait. Il raconte tout ça dans sa musique. C’est là que vous trouverez l’explication, pour peu que vous sachiez chercher."
Milton Mezzrow / Bernard Wolfe« La rage de vivre »Buchet 1967

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Re: Jazz et Littérature

Message  sisyphe le Lun 10 Aoû - 16:33

http://www.hot-club.asso.fr/docum/livre/Mezz%20R%20de%20V.jpg
J'ai dû le lire à peu près au même âge...
A lire également les mémoires de Marcel Duhamel, le père de la Série Noire, "Raconte pas ta vie".
"Et pourtant, depuis que nous avons découvert le jazz New Orleans et Louis Armstrong, nous nous payons un véritable festival de 78 tours que nous nous cassons mutuellement sur la tête, une fois l'attrait de la nouveauté épuisé. Quand je pense que, des années plus tard, il me faudra faire des kilomètres à pied, aux Puces, chez les disquaires de banlieue (et même jusqu'aux foires à la ferraille d'Afrique du Nord, quand je passerai par là) pour en retrouver çà et là un exemplaire éraillé".





Dernière édition par sisyphe le Ven 18 Sep - 15:43, édité 1 fois

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Re: Jazz et Littérature

Message  sisyphe le Mer 16 Sep - 17:51

Boris Vian vendéen.
Suite.
Boris Vian séjournera à Saint-Jean-de-Monts du 5 au 20 âoût 1946. Il a 26 ans. Il est accompagné de sa femme Michelle et de leur fils Patrick (dit "Bisonneau", le papa, lui, étant "Bison Ravi"; il a 4 ans fera des châteaux de sable et la coqueluche, qui le contraindra avec sa maman à rentrer à Paris avant la fin du séjour. Vive le vent du large. On trouve aussi Georges d'Halluin, dit Zozo, contrebassiste de l'orchestre Abadie (ce Zozo a un frère,Jean, qui dirige une petite maison d'édition , le Scorpion, qui publiera le livre sur lequel Boris travaille chaque jour, "J'irai cracher sur vos tombes". Il y a aussi un jeune clarinettiste, l'ami de Michelle, André Réwéliotty qui, quelques années plus tard, accompagnera Sydney Bechet.

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Re: Jazz et Littérature

Message  sisyphe le Mer 16 Sep - 18:22

Vian vendéen, suite.

Ce n'est pas la première fois qu'il vient sur la côte dite, à juste titre, de lumière. En 1939, reçu à Centrale il est invité une dizaine de jours par son copain Roger Spinart, dit Zizi (avant " Zozo il y eut Zizi...), également reçu à Centrale, à Saint-Jean dans la maison familiale. C'est la première fois que Boris voit la mer. " C'est une impression de paradis que j'ai encore" écrivit-il. Il aime le coin. Il faut dire, qu'à cette époque, Boris a une petite fiancée "Monette" qui, elle, se trouve à passer ses vacances à Croix-de-Vie. Le monde est petit...
La première chose qu'il fit, en attendant Monette, à Saint-Jean-de-Monts avec Zizi fut de trouver un phono pour écouter ses 78 tours ...jazz...

Il dut garder un bon souvenir de ce séjour puisque deux après lorsqu'il se marie avec Michelle (adieu Monette) il projette pour son voyage de noces un séjour en Vendée... qui ne se réalisera pas.

On peut lire la biographie de Boris Vian par Claire Julliard dans la collection Folio.

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Re: Jazz et Littérature

Message  Margotonne le Jeu 17 Sep - 16:47

Boris était-il au courant qu'une base militaire importante (plus de 3000 aviateurs) s'était installée non loin de la plage de Saint-Jean -de-Monts peu de temps après l'entrée en guerre des USA en 1917 et ce jusqu'à l'armistice de novembre 1918? Sur les documents d'époque il est intéressant de comparer leur fanfare avec celle des locaux. Jim Europe ne tardera pas à débarquer à Saint-Nazaire avec les "Hellfighters".

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Re: Jazz et Littérature

Message  sisyphe le Mar 22 Sep - 16:02

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Re: Jazz et Littérature

Message  sisyphe le Jeu 24 Sep - 19:46

La Reine des pommes

Ou comment transformer des billets de dix dollars en billets de cent ... en y perdant son fric, sa copine et son boulot...Chester Himes voulait ce roman réaliste ( la condition des noirs américains dans les années 50) mais la cocasserie, la loufoquerie est quasi présente tout au long des chapitres. Si l'intrigue n'est pas toujours aisée à suivre, on se marre bien dans les rues de Harlem. Il bidone.

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Re: Jazz et Littérature

Message  sisyphe le Ven 25 Sep - 12:25

Chester Himes.

1909 à Jefferson City dans le Missouri ; 1984 à Alicante en Espagne.
Famille d’enseignants… études universitaires, à 20 ans il est condamné à 7 ans de prison pour vol de bijoux et de voiture. Il y lit Hammett, Chandler, Dostoïevski.
En 1957 il part pour l’Europe. A Paris il rencontre Marcel Duhamel le père de la Série noire. Il se met à écrire des romans policiers. « La Reine des pommes » (The Five- Cornered Square) paraît en 1958 : apparition des deux inspecteurs de police de Harlem , Coffin Ed Jonson ( dit Ed Cercueil) et Grave Digger Jones (dit Fossoyeur), bonjour l’ambiance… Un des plus beaux fleurons de la Série Noire.

"Tous se déroulent à Harlem, dont ils donnent une peinture à la fois féroce et attendrie : univers burlesque, à mi-chemin entre Rabelais et Mack Sennett, où les gangsters tiennent le haut du pavé, où chacun cherche à échapper à son sort par la drogue, le jeu ou la religion, où les personnages sont pris dans des combines invraisemblables et dans des poursuites effrénées. Les deux inspecteurs noirs, Ed Cercueil Johnson et Fossoyeur Jones, arpentent, goguenards et désabusés, ce monde bariolé et cruel, témoignage percutant sur la condition noire aux États-Unis" Encyclopédie Universalis

"La 7e av. et la 125e rue délimitaient le centre de Harlem, carrefour de l’Amérique noire. À un coin, se dresser le plus important hôtel du quartier et, en diagonale, la grande bijouterie, spécialisée dans la vente a crédit, aux vitrines pleines de diamants et de montres, sacrifiés à tant, et payables à tant par semaine. À côté, une librairie portait une longue enseigne jaune avec l’inscription : ouvrages en tous genres pour les 6 millions de lecteurs de race noire. Alors opposé se trouvait déguiser la mission" page 42 dans l'édition Folio.

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Re: Jazz et Littérature

Message  sisyphe le Ven 25 Sep - 15:17

Extraits, Harlem le blues, le jazz présents... partout... années 50
page 56"Sur le trajet de Goldy, il y avait plus de bars et de bastringues que partout ailleurs dans le monde, à longueur de parcours égal. Dans tous ces établissements, beuglaient les appareils à disques. Des voix sirupeuses diffusaient des blues goutte à goutte, à travers les lamentations fauves d’un saxo, les clameurs des trompettes et les trépidations du piano. Dans tous ces établissements régnait une odeur de bagarre, bagarre en cours, bagarre à peine terminée, bagarre à peine commencée, ou conversation sur le thème « bagarre » autour d’une tourner de casse-patte"

page 94 "Non loin du croisement de la 7e avenue, ils obliquèrent vers l’entrée du Palm Café. Les barmen y officiaient en veste amidonnée blanche et les serveuses, à la peau couleur de bananes mûre, y ondoyaient parmi les tables est autour des boxes, en uniforme vert et jaune. Sur une petite estrade, une formation de trois musiciens développait des rythmes hot"

page 173 "Tout autour de la gare, ce n’étaient que bars, garnis crasseux pompeusement appelés hôtels, cafétérias ouvertes la nuit, repaires de drogués, bordels et tripots clandestins - de quoi pourvoir au plaisir de tout un chacun.
Des clients noirs et blancs se coudoyaient jour et nuit autour des comptoirs éclaboussés de bière, l’œil rouge et le verbe haut après quelques tournées de tord-boyaux, et, une fois dans la rue, toujours prêts à échanger des horions au beau milieu de la circulation. On en voyait d’autres, assis côte à côte, dans le néon aveuglant des usines à mangeaille, ingurgitant, sur les guéridons chauffants, des produits qui n’avaient de comestible que le nom.
Les putains affairées tournaient dans les parages, comme des mouches bleues autour d’un plat de tripes.
Les voies plaintives des chanteurs de blues, s’échappant des bastringues aux éclairages de cauchemar, flottaient dans l’air saturé de bruits :
Ma maman elle m’a dit quand j’étais toute gamine :Le whisky et les hommes, mon p’tit, c’est la ruine…"

page 185 "Un instant, il murmurait : « Seigneur, ne m’abandonnez pas. »
L'instant d'après, il gémissait le blues lugubre:
[i]"Si les coups durs, c’était du fric,
Y a longtemps que je s’rais millionnaire".


page 213
Son esprit se réveilla. Et sa pensée prit la cadence d’un spiritual :
Parfois, je m’sens perdu comme un enfant sans mère,
Parfois, et je m’sens perdu comme à mon heure dernière… »

sisyphe

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Re: Jazz et Littérature

Message  sisyphe le Ven 23 Oct - 12:50

Dans "La petite Robe noire et autres textes" paru récemment au Livre de Poche, Françoise Sagan qu'enfin on réédite écrit en parlant du festival de jazz de Souillac "C'est chez moi! Je suis née à Cajarc, c'est tout près... Mais je préfère être seule avec mes disques plutôt qu'avec des gens qui toussent, qui remuent. On est fasciné par quelqu'un qui a un bouton sur la nuque ou je ne sais quoi, on est complètement distrait". Elle qui des kilomètres aux USA pour écouter chanter Billie Holiday. Que cela n'empèche personne de lire ou relire " Avec mon meilleur souvenir".

sisyphe

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Re: Jazz et Littérature

Message  sisyphe le Sam 21 Nov - 12:46

F. Sagan est à NY, elle y est venue avec Michel Magne pour écouter, voir...Billie Holiday; mais elle chante dans le Connecticut.
" Dans le Connecticut? Qu'à cela ne tienne. Taxi? Nous allons dans le Connecticut". Le Connecticut ne correspondait pas aux Yvelines comme nous l'imaginions, et nous fîmes près de trois cents kilomètres dans un froid glacial avant d'entrer Michel Magne et moi, dans un endroit extravagant, perdu, ou qui me parut tel...

sisyphe

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Re: Jazz et Littérature

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